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Éditions du Canoë

Tout vaut la peine si l'âme n'est pas petite
Fernando Pessoa

les papillons de kracovSylvie-E. Saliceti

Les Papillons de Kracov

Quand nous ne lirons plus les livres sous la mer Gouache de Sophie Grandval

« Descendre dans le paysage sous la mer. Au fil de la descente, le bleu s’efface, le noir gagne, la parole bavarde pèse sur les poumons, peu à peu il s’agit de se taire, les mots se comptent avec l’air et l’économie des gestes. Au début la profondeur enivre. Celui qui est descendu vers ce non-lieu vagabonde à demi-vivant parmi les voix-minérale, végétale, animale-voix multiples du corail, sa respiration devient courte, il est aspiré par l’ivresse de la plongée. D'emblée le monde sous-marin propose un brouhaha aux sons étouffés, une parole grisante, peu audible, puis imperceptiblement l’eau s’impose comme le maître.»
Sylvie-E. Saliceti plonge en apnée au cœur des ténèbres pour rejoindre le battement obsédant d’un tempo, celui de son propre cœur.

 

les-papillons-de-kracov
12,00 €

Oeuvre de Sophie Grandval

Sophie Grandval Poisson


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lelitteraire.com 27 février 2021 - Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie-E. Saliceti, Les Papillons de Kracov

 

kracovConnais­sance par les gouffres

Pour prendre de la hau­teur, il faut par­fois s’élever dans gouffres, y entrer comme s’y confinent les der­niers pêcheurs de corail répar­tis essen­tiel­le­ment entre l’Italie et la Corse. Le sous-titre « Quand nous ne lirons plus les livres sous la mer » semble énig­ma­tique.
Il est pour­tant né de l’histoire authen­tique qu’un de ces ultimes pêcheurs a raconté à l’auteure.Pour atteindre les colo­nies de corail et pra­ti­quer la cueillette, ils doivent par­fois glis­ser dans les abysses, jusqu’à 100 mètres. Les plon­geurs — pour remon­ter le long “de la corde à singe” qui les relie à leur bateau — ont l’obligation de res­pec­ter une lente dis­ci­pline, avec des paliers pour évi­ter tout risque de mort.

Ces seuils de décom­pres­sion durent long­temps ; au point que cer­tains pêcheurs de corail occupent leur temps par la lec­ture. Ils lisent des livres de poche ache­tés pour l’occasion.
Ils les lisent sous l’eau à la lumière d’une lampe fron­tale : “D’une main, le plon­geur s’agrippe à la corde ; de l’autre il tient l’ouvrage. Là sous la mer, il lit des livres dont les pages finissent empor­tées par le cou­rant. Des lam­beaux de feuilles peu à peu se détachent ; des phrases impri­mées sur­nagent ici et là.”

Ces orpailleurs d’un or rose et des pro­fon­deurs deviennent les acteurs d’une scène allé­go­rique. Elle ren­voie à une expé­rience de la poé­sie et ses voyages au sein des pro­fon­deurs au moment où le corail — être vivant des abysses — se voit peu à peu en jachère et éli­miné par les incon­sé­quences humaines.
Si bien qu’à l’expérience poé­tique se mêle aussi le drame éco­lo­gique qui voue le monde à sa perte.

Les poèmes de Sylvie-E. Sali­ceti décryptent l’avidité inas­sou­vie des pro­fon­deurs C’est pour­quoi, et sous l’allégorie, ouvrir ce livre revient à s’ouvrir soi-même et à l’impatience d’un des­tin et contre la détresse de l’asthme spi­ri­tuel.
Dès lors, résonne en nous une voix sin­gu­lière qui obéit à l’ordre du ren­ver­se­ment contre des déroutes.
Comme les pêcheurs, la poé­tesse offre une trans­mis­sion en plon­geant au fond du connu pour y recueillir de l’insondable. A l’obscurité de l’inconnu et par la scan­sion du poème en prose se crée un flux où le réel se refuse d’agonir — ce qui obli­ge­rait peu à peu à ne se frayer une voie que dans l’accablant.

D’où la fièvre du cadrage poé­tique pour mieux “cher­cher un monde qui puisse rece­voir ensemble la grâce et la pesan­teur”. Contre la mort que l’on se donne et contre un uni­vers d’ombres, le rouge de “la flûte creu­sée dans le fémur de la bête” ‘ins­crit bien plus qu’une conscience éco­lo­gique. S’y mêle un acte de foi et s’invente, par-delà “le récit du désir simple d’être là, à sculp­ter nos ailes de métal ainsi que ces mil­liers de papillons fabri­qués par Cra­cov : un papillon de cou­leur par enfant sauvé des affres de la lumière irra­diantes, à Tcher­no­byl”.
L’auteure se bat pour la sur­vie et la beauté du monde et pour l’élévation de l’âme. Elle nous fait atteindre un monde fabu­leux, son savoir, ses “forêts sous la mer aussi sonores que ces prai­ries ter­restres où reposent ici ou là les cha­mois aux cornes ensan­glan­tées”. Avant le coup de dés final sur le vivant, Sylvie-E. Sali­ceti quitte le sol amé­nagé pour nous alar­mer face à ce qui disparaît.

La poé­sie est donc bien une connais­sance par les gouffres. Elle vient mettre à mal une séré­nité de sur­face et qui n’a plus rai­son d’être. Le tout en reliefs d’émotion où l’auteure se veut agis­sante sous la grande table bleue. S’inscrivent un appel, un effort à venir là où comme dans les eaux anciennes, la poé­tesse cherche ce qui pour­rait sur-vivre dans un mou­ve­ment aussi léger et fort que celui des der­niers nageurs. Ils avancent aériens au sein des pro­fon­deurs.
Après être des­cen­dus, ils remontent len­te­ment vers une cime qui est le plan­cher des vaches pour coha­bi­ter avec les autres et le monde qu’il s’agit de sau­ver et dont la poé­tesse rameute le récit au nom de “l’enfant de la nuit”. Il croit encore au soleil.

jean-paul gavard-perret

 

 

 

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