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Éditions du Canoë

Tout vaut la peine si l'âme n'est pas petite
Fernando Pessoa

RC4 route du sangClaire Fourier

RC4 route du sang

Paru initialement à L’Atelier des Brisants, maison d’édition créée par Jean-Louis Clavé et Bernard Noël en 2000, d’une façon confidentielle, ce livre tient du chef-d’œuvre. Il illustre l’immense pouvoir de la littérature de donner à voir par les mots. Claire Fourier n’est jamais allée en ex-Indochine et l’on s’y croirait avec une vérité que n’atteint pas Apocalypse now. Elle précise dans son avant-propos que ce n’est pas un livre politique. D’une brève nouvelle projetée à la faveur d’une rencontre, elle a construit son récit : « il a sorti de sa poche poitrine un crayon à bille et tracé sur la nappe de papier une ligne sinueuse entre deux points : Lang Son, Cao Bang. Il souligne, dit les noms à voix haute. Quels noms ! Je les entends pour la première fois (ils vont résonner à mes oreilles pour toujours). Et cette ligne sinueuse ? La RC4. Pour la première fois aussi, j’entends ce sigle. J’interroge. L’homme passe et repasse son crayon sur le trait : c’est la Route Coloniale 4, elle sépare la Chine de l’Indochine, son nom lui a été donné par les colonisateurs français à la fin du xixe siècle, une piste plutôt qu’une route ; il s’est passé là des événements majeurs pendant la guerre. —Plus qu’à Diên Biên Phû ? — À Diên Biên Phû, la guerre était déjà perdue. » À partir de cette rencontre, elle se documente minutieusement dans les archives, au Château de Vincennes, et écrit l’histoire d’un amour plus vraie que vraie, bouleversante, née sur cette route.

 

 

 

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18,00 €


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Figaro Magazine, décembre 2023

 

 

 route du sang

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Jérome Enez-Vriad, Bretagne actuelle, 19 juin 2023

 

Lire l'article :www.bretagne-actuelle.com

 

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Olivier Maulin, Valeurs Actuelles, 26 octobre 2023

 

 

 route du sang

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Lecture par André Thiéblemont

 

 

 

Claire Fourier,

RC4, Route du sang

 

Éditions du Canoë, 2023

 

L’écriture charnelle deClaire Fourier nous donne à lire ou relire, dans cette réédition, accompagnée d’un pertinent avant-propos, de Route coloniale 4 en Indochine, un récit de guerre fantasmagorique, bouleversant. Le Haut Tonkin, à la fin des années 1940 ! La Route coloniale 4, la RC4, longe la frontière sino-vietnamienne : à partir de Lang Son, elle constitue un cordon ombilical indispensable au ravitaillement de citadelles et de forteresses dont les noms sonnent le tragique et le nostalgique dans la mémoire de ceux qui ont vécu l’épopée indochinoise : Lang Son, Na Sam, That Khé, Dong Khé, Cao Bang... Cette route mythique traverse une nature prise de folie, des paysages mouvementés et fabuleux avec les délires d’une végétation luxuriante. La Route est dominatrice et cruelle. Elle est infestée par le Vietminh : il en surgit brutalement pour frapper les convois au son du clairon. La Route vampirise les combattants qui la tiennent, l’ouvrent, la pénètrent : elle s’abreuve de leurs peurs, de leur sueur et de leur sang. La Route harcèle leur mémoire.

L’écriture sensuelle de Claire Fourier en témoigne. Elle dit les corps à corps sanglants d’un sous-officier aux prises avec la Route, sa mémoire investie par les empreintes de cette ogresse à la « beauté insoutenable », jusqu’à sa présence obsédante durant l’étreinte offerte à Lily l’infirmière, la petite sœur de route, frappée, laissée là-bas pour morte et retrouvée mutilée sous les voûtes du Val de Grâce. Lily, sa petite « route sanglante », « les touffeurs de l’enfer vert » respirées à « la saignée de ses jambes » ! Une étreinte mirifique, sans lendemains, comme si « le quotidien allait profaner une histoire sacrée ».

C’est le témoignage incroyable de l’un de ces « soldats de la boue » oubliés de nos commémorations que Claire Fourier a voulu traduire dans ce récit. Elle fait plus que le traduire. Elle l’épouse. Elle vit ce qu’elle récite. Elle conte par le menu la vie de ce soldat sur la RC4, l’ébranlement des convois, leur lente progression, le son caractéristique du double débrayage des GMC, l’ouverture de route, la progression « en perroquet » de la section, les regards tendus et « la peur qui coule par tout le corps », les harcèlements, et soudain, une sonnerie de clairon, l’embuscade brutale, salves, « une nuée de Viets » déboulant de la jungle, « une clameur inouïe » ! Et la Route qui hurle et jouit du fracas des armes.

Bien plus, Claire Fourier témoigne d’une philosophie combattante affrontée aux situations extrêmes, là où l’honneur ne se vit pas en belles paroles mais dans les souffrances de la chair, là où la compassion pour l’Autre peut commander de l’exécuter, là où la vérité « c’est l’ab-so-lu-ment vain », parce qu’« on a jamais que la philosophie de sa situation » : « Comment peut-on de son fauteuil dire le vrai et le faux ? »

Ce roman est aussi un essai, sans concessions, sur l’extra-ordinaire de la guerre, sur ceux qui la font, sur la rencontre avec l’humanité de ceux qui y vivent l’extrême.

D’une certaine façon, avec sa sensualité à fleur d’âme et de chair, Claire Fourier rejoint ici Barbusse, Dorgelès, Schoendoerffer.

 

 

André Thiéblemont est l’auteur de Cultures et logiques militaires (PUF, 1999), ainsi que de divers articles sur les cultures militaires et leur rapport aux mythes politiques et aux idéologies. Ancien de la Légion étrangère, saint-Cyrien et diplômé de Sciences Po, il a servi dans les cabinets ministériels et au SIRPA (Service d’Information des Relations Publiques des Armées). Il se consacre depuis 1994 à l’ethnologie militaire.

 

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Lecture par Louis-Ferdinand Despreez

 

 

 

Graine de film…

RC4, Route du sang

Claire Fourier, éd. du Canoë, 2023

Lecture par Louis-Ferdinand Despreez

 

Il est des auteurs contemporains qui s’acharnent à jouer les Flaubert en s’inspirant de sa tirade « Ce qui me semble beau… c’est un livre sur rien… où le sujet serait presque invisible. » Mais les tenants de cette méthode ne sont en général pas Flaubert, (qui s’est bien gardé lui-même d’appliquer une méthode aussi hasardeuse…). Pour écrire un bon roman, il vaut donc mieux avoir quelque chose ! 

Avec RC4, Route du Sang, Claire Fourier a choisi un sujet presque invisible après avoir entendu dans une brasserie parisienne le témoignage d’un ancien soldat d’Indochine enrôlé dans une guerre qui n’était pas la sienne. Le but de cette guerre pour les Français était d’éviter, comme le disait de Gaulle, de « ne devenir rien en perdant une colonie » et pour les Indochinois il s’agissait de « cesser de n’être rien chez soi… » Quand il a fallu en passer par les armes pour trouver une issue à cette divergence de vues, tout a reposé sur un malentendu : « la France a dit : libertés (tu do) ; le Viêt Minh a dit : indépendance (doc Lap)… »  Ainsi a commencé la guerre d’Indochine… Claire Fourier explique au fil des pages comment la France a très vite fait de Hô Chi Minh un ennemi.

Et voilà aussi comment a commencé une des plus sanglantes batailles de cette guerre, la bataille de la RC4, la « Route du Sang », que nous conte Claire Fourier qui, quelque quatre-vingts ans plus tard, avec le « rien » de De Gaulle et le « rien » d’Hô Chi Minh, a fait un tout. Ce n’est pas un roman, c’est de l’Histoire en direct dans une langue puissante et vraie. 

La RC4, c’est une route indochinoise de quatre mètres de large. « De Lang Son à Cao Bang… La distance entre les deux villes n’est que de 136 kilomètres. », nous dit Claire Fourier. C’est une piste en lacets ponctuée de coupe-gorge aux confins de l’Indochine, à un boulet de canon de la Chine. Pour résumer, celui qui tient la RC4 tient l’Indochine ! Le paysage est grandiose, outrancier, la jungle impénétrable, le sol spongieux, l’air est une étuve. L’endroit est parfait, et terrible à la fois, pour une sanguinaire guérilla. Elle aura lieu. Le héros, Francis Dubreuil, écrit à sa mère « Je vis un roman ». Et nous lecteur, dans ce roman, nous vivons la réalité. Cette RC4 appelle le sang, on le devine dès les premières pages trop belles pour être désertées par un drame. Trop en dire serait déflorer la description magistrale qu’en fait l’auteur, elle qui n’y a jamais les pieds, mais qui est possédée par l’histoire de cette piste maudite. C’est une performance littéraire !

Confronté à la stratégie du général Giap qui « attaque les convois pour piller autant que tuer », l’État-Major français a ses idées sur ce qu’il convient de faire de cette RC4, mais comme toujours les gens de l’arrière ne s’encombrent jamais de scrupules quand il faut faire couler le sang des autres pour garder la tête haute. Claire Fourier est trop respectueuse de ceux qui sont morts sur cette route pour être antimilitariste. À Paris erre la diplomatie, à Saïgon on tergiverse en uniforme grand-blanc et sur les contreforts de la RC4, le bidasse déjà sacrifié qui ne le sait pas, mange un biscuit et partage le fond d’une gourde d’eau sale. Je n’en dirai pas davantage, parce qu’en tant que lecteur, j’aurais du mal à ne pas exprimer cet antimilitarisme dont Claire Fourier a su se garder quand elle évoque avec justesse et précision la « Grande Histoire ». Elle se demande si ces hommes le long de la RC4 sont des héros ou dans un état second. On retient assurément qu’ils ne sont que des victimes en sursis…

Et commence la bataille de la RC4 dans la seconde partie du livre. La romancière s’y révèle stratège, cantinière, tacticienne, chauffeurs de GMC, logisticienne, ambulancière… Elle connaît l’argot du soldat et les gros mots de la guerre, les postes-hérissons, le matériel roulant, les cagna, la sinistre corvée de bois… Elle a tout compris, on se demande comment, elle qui n’a jamais été soldat et qui n’a jamais vu Cao Bang… Ce qui montre bien qu’elle est habitée par cette bataille. Possédée même… Ça ne s’explique pas, ça n’arrive pas souvent, c’est le talent. Mais, c’est le travail aussi, il ne faut pas s’y tromper. Ce sont des mois de recherche dans les archives qui font qu’à chaque virage, elle peut décrire la végétation, la couleur de la route, jusqu’aux épaves calcinées qui encombrent les bas-côtés. À propos de chaque accrochage, on se dit qu’elle pourrait aisément affirmer « j’y étais… » Elle a saisi l’ambiance, le climat, l’espoir et le désespoir des hommes. Et tout ça, elle le restitue simplement comme si on lisait le journal de marche de son héros Francis Dubreuil, exténué, sale, découragé…

Que l’on soit amateur de récits de guerre ou que l’on soit antimilitariste, on s’y retrouve sur la Route du Sang… L’auteur ignore les galonnés de l’arrière, qu’ils soient à Saïgon ou dans les grottes du Viet Minh, elle s’est laissée habiter par le soldat, quel que soit son camp. Pendant trois ans, de 1947 à 1950, des milliers d’hommes ont été tués sur la RC4, plus qu’à Diên Biên Phu… Pour rien, nous dit Claire Fourier qui souffre de l’écrire. 

Le récit repose sur le personnage de Francis Dubreuil, jeune résistant, volontaire pour le Corps expéditionnaire d’Extrême-Orient. Blessé, il rencontre Liliane van Gover sur la RC4, une infirmière, fiancée à un officier de la Légion abattu d’une rafale d’arme automatique. Elle porte parfois une mitraillette aussi et ramasse les blessés et les morts. Ambulance et carnage… Et Francis Dubreuil rencontre aussi Minh, une Annamite amante, et espionne peut-être… Et aussi Irène, croisée à Hanoï… « Si je reste, je deviens patron de cabarets indochinois. C’est Irène et son dancing… ou la France. » Ce sera la France. Aucune femme ne retiendra Francis en Indochine. Ce qui ne veut pas dire que Claire Fourier renonce à un presque happy ending trempé dans le sang et l’acier digne de Hollywood…

Allez découvrir la suite vous-même ; en dire plus serait vous priver du plaisir et des rebondissements d’un récit si bien construit. C’est le livre qu’il faut lire, et pas ce que je vous en raconte ; je connais bien l’Indochine où je vis et je connais bien cette RC4, mais je ne la connais de toute évidence pas aussi bien que Claire Fourier et les héros à qui elle a donné vie ! La Route du Sang, c’est un roman magistral et c’est de la graine de film… Si Pierre Schoendoerffer, l’auteur de la 317e Section et du Crabe-Tambour, avait pu lire La Route du Sang, il aurait probablement été tenté d’en faire un long métrage…

 

 

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Jean Bothorel, Le Télégramme, 30 juillet 2023

 

 

 route du sang

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