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Éditions du Canoë

Tout vaut la peine si l'âme n'est pas petite
Fernando Pessoa

Eugène Durif - Lucia Joyce, folle fille de son pèreEugène Durif

Lucia Joyce, folle fille de son père

La force du livre d’Eugène Durif est d’être parvenu à l’écrire en se mettant dans la tête de son personnage : Lucia Joyce.

Danseuse avant d’être considérée comme schizophrène, sa vie est étroitement liée à celle de son père en train de terminer Finnegans Wake. Père qui se refuse à considérer la maladie de sa fille. « Elle n’est pas une délirante, explique-t-il. Ce n’est qu’une pauvre enfant qui a voulu trop faire, trop comprendre. » Tandis que Joyce termine Finnegans Wake, avant de mourir en 1941 en Suisse, Lucia, elle, se fige à jamais dans ces chambres d’hôpitaux ou elle demeurera jusqu’à sa mort. Il était pourtant persuadé qu’à la fin de l’écriture de ce monstrueux « work in progress », Lucia partie prenante de l’oeuvre, unie à elle comme, disait-il, une télépathe de son écriture, retrouverait pleinement ses esprits… Samuel Beckett, dont elle était tombée amoureuse alors qu’il travaillait avec Joyce, demeure le seul à lui rendre visite dans l’asile où elle terminera sa vie. Écrit avec une simplicité, une intensité poignantes, ce très beau livre nous permet d’approcher le milieu intime d’un immense écrivain en même temps que le drame d’un amour père-fille dévorant.

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18,00 €


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Jean-Pierre Han, Les Lettres Françaises, novembre 2022

 

article Les Lettres Françaises complet

 


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Lucia Joyce, folle fille de son père - Lecture par Claire Fourier

 

Lucia Joyce, folle fille de son père. – C’est le titre du livre vivant, plein d’allant, qu’Eugène Durif consacre à la jeune femme, d’abord artiste, danseuse, dessinatrice, puis un jour internée pour démence.

Livre singulièrement poignant.
Pourquoi ? C’est le monologue d’un ventriloque amoureux. C’est Lucia qui s’exprime, via l'auteur. La voix masculine s’est glissée dans la voix féminine. Voix masculine qui se fait délicate pour faire entendre la voix féminine affolée – ne pas la laisser fuir.

Eugène Durif nous restitue ainsi la douleur de Lucia, et le fait avec une telle justesse que le cri de douleur de la vulnérable jeune fille en paraît allégé – alors même que la complainte gagne en intensité au fil des pages – et que le cœur, qui nous serre de plus en plus face à l’amoureux lamento de Lucia, se desserre au fil des pages aussi.
Tel est le paradoxe d’une écriture généreuse qui est allé au cœur d’une souffrance, a touché le point nodal d’une folie plus douce que furieuse.

On ressent là comme le froissement d’une soie que l’on plie, un vol de papillon et le bruissement des ailes bientôt épinglées.
Je fus saisie.

Lucia s’adresse donc à son père, sa mère, son frère, à une famille dont tous les membres sont noués les uns aux autres d’une manière stupéfiante. Amour parfois rageur, toujours ardent et plein de sollicitude.
Lucia s’adresse à Beckett dont elle s’est éprise et qu’elle a rencontré à la maison quand il était jeune assistant de Joyce. (M’ont frappée dans les pages à lui consacrées des accents qui rappellent ceux d’Héloïse écrivant à Abélard après que celui-ci l’a quitté, dans « Une Passion » de Christiane Singer.) La jeune amoureuse s’adresse à Sam dans une longue imploration admirablement portée par le style cadencé de l’auteur : « Pourquoi m’as-tu quittée ? Pourquoi ? Je ne sais pas y faire, je me donne toute, colle-toi à moi ! Tu aurais pu me sauver, un tout petit geste »…
Mais est-ce Sam ou Babbo qu’implore la jeune fille instable et sans défense ? « Babbo, papa, je t’aime ! Dis-moi tout, papa, sur moi »...
Oh, ce leitmotiv ! Oh, que la voix de Lucia-Anna-Livia est arachnéenne et délicate ! fraîche en son ardeur même !

Voilà un livre plein de tendresse et d’humanité qui procède visiblement d’une longue intimité amoureuse de l’auteur avec son personnage.
On devine que c’est avec une douce et infinie patience qu’Eugène Durif a fait chair en lui de la fragilité de la jeune femme, laquelle a fini par lui inspirer une sorte de cantique.
Oh, comme un chant d’amour fait du bien par les temps qui courent !

Et j’admire qu'Eugène Durif su rendre justice à l’innocente jeune fille qui, gracile Iphigénie, fut sacrifiée, et l’accepta par amour, sur l’autel de la fabuleuse et folle écriture de son père.

(Eugène Durif, Lucia Joyce, folle fille de son père, éd. du Canoë, 2022, 224 p., 18 euros.)

 

PS. Bien entendu, je me suis sentie proche de ce en quoi j'ai vu un pendant masculin à mon Tombeau pour Damiens où, en me glissant dans la peau du prétendu régicide de Louis XV et en faisant chair en moi de l’écartelé, j’ai prêté ma voix au supplicié pour faire entendre la sienne.
Ajoutons que j’ai passé l’âge de m’attarder aux livres qui eux-mêmes s’attardent à la rancœur et à l’amertume.

Claire Fourier, 15 octobre 2022


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Nikola Delescluse, Paludes, 21 octobre 2022

 

Ecouter : https://soundcloud.com/nikola-delescluse/eugene-durif-lucia-joyce-folle-fille-de-son-pere

 

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